18 juillet 2007

Le studio




















En pensant au portraitiste Malick Sidibé (Bamako) et à Germain Kiemtore (Ouaga).

1 juillet 2007

L'iris



Merci d’être, sans jamais te casser, iris, ma fleur de gravité. Tu élèves au bord des eaux des affections miraculeuses, tu ne pèses pas sur les mourants que tu veilles, tu éteins des plaies sur lesquelles le temps n’a pas d’action, tu ne conduis pas à une maison consternante, tu permets que toutes les fenêtres reflétées ne fassent qu’un seul visage de passion, tu accompagnes le retour du jour sur les vertes avenues libres.

René Char, Lettera amorosa, Gallimard, 1953.




















21 juin 2007

La spirale





Le caracol est la conque marine dont le son convoque les Mayas, le colimaçon qui recycle au-dedans l'extérieur, la spirale qui enroule le passé, le présent et le futur, le glyphe polysémique omniprésent de l'art préhispanique qui, depuis le monde intérieur de sa coquille primordiale, régénère tous les hommes.

« Ils racontent qu'on utilisait le caracol pour rassembler la communauté, pour que la parole circule d'une personne à l'autre et que naisse l'accord... Le caracol était cet instrument qui fait que l'oreille entende la parole même la plus lointaine. » Sous-commandant insurgé Marcos.






















Les Caracoles revendiquent une référence au passé des civilisations autochtones. Certains indigènes expliquent ainsi que le caracol permettait, dans les temps anciens, « d’alerter les communautés en cas de danger » et, maintenant, de « faire entendre la voix des zapatistes ». On a aussi évoqué les représentations sculptées de caracoles, dont émerge la figure d’un vieillard, et qui peuvent être interprétées comme une manifestation plastique de la conception maya du temps. De fait, la spirale témoigne bien d’une représentation temporelle qui s’écarte des simplifications finalistes d’une histoire linéaire, sans pour autant s’enfermer dans les cercles de la répétition. Elle évoque aussi des manières de parler, de penser ou d’être, qui ne sont pas sans rapport avec celles que l’on peut observer dans les communautés indigènes : éviter de manifester sa soumission à un intérêt immédiat ou un empressement à atteindre directement son but, comme le voudraient les logiques de la rationalité instrumentale et de l’efficacité optimisée ; admettre que beaucoup de détours peuvent parfois être un judicieux moyen de trouver son chemin et que le temps perdu de l’errance est une expérience bénéfique.

Extrait de la postface « L’âge des escargots » de Jérôme Baschet, La rébellion zapatiste, Flammarion, 2005.



11 juin 2007

Le bonheur


Lorsque le cœur a parlé, il n’est pas convenable que la raison élève des objections. Au royaume du kitsch s’exerce la dictature du cœur.
Il faut évidemment que les sentiments suscités par le kitsch puissent être partagés par le plus grand nombre. Aussi le kitsch n’a-t-il que faire de l’insolite ; il fait appel à des images clés profondément ancrées dans la mémoire des hommes : la fille ingrate, le père abandonné, des gosses courant sur une pelouse, la patrie trahie, le souvenir du premier amour.
Le kitsch fait naître coup sur coup deux larmes d’émotion. La première larme dit : Comme c’est beau, des gosses courant sur une pelouse !
La deuxième larme dit : Comme c’est beau, d’être ému avec toute l’humanité à la vue de gosses courant sur une pelouse !
Seule cette deuxième larme fait que le kitsch est le kitsch.
La fraternité de tous les hommes ne pourra être fondée que sur le kitsch.


Milan Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être, Paris, Gallimard 1984.




























25 mai 2007

La valse





















Je bois à ta gloire mon Dieu
Toi qui m’as fait si triste
Tu m’as donné un peuple qui n’est pas bouilleur de cru
Quel vin boirai-je à ton jubilate
En cette terre qui n’est pas terre à vigne
En ce désert tous les buissons sont des cactus
Prendrai-je leurs fleurs de l’an
Pour les flammes du buisson ardent de ton désir
Dis-moi en quelle Egypte mon peuple a ses fers aux pieds

Christ je me ris de ta tristesse
O mon doux Christ
Epine pour Epine
Nous avons commune couronne d’épines
Je me convertirai puisque tu me tentes
Joseph vient à moi
Je tète déjà le sein de la vierge de ta mère
Je compte plus d’un judas sur mes doigts que toi
Mes yeux mentent à mon âme
Où le monde est agneau ton agneau pascal
Christ
Je valserai au son de ta tristesse lente

Tchicaya U’Tamsi, Christ, Epitome.



17 mai 2007

La cendre









Parce que le sacre était pour elle
la résurrection de la France
et qu’elle portait la France en elle
de la même façon qu’elle portait sa foi
……
Comment vous parlaient ces voix ?
Lui avait-on demandé quand elle était vivante
-elles me disaient : va fille de Dieu
va fille au grand cœur.
Ce pauvre cœur qui avait battu pour la France
Comme jamais cœur ne battit
On le retrouva dans les cendres
que le bourreau ne pu ou n’osa ranimer
Et l’on décida de le jeter à la Seine
"Afin que nul n’en fit des reliques"
…………
Dans le grand bruit de forges
ou se forgeait la ville
que les brésiliens appellent aujourd’hui
la capitale de l’espoir,
Jeanne et la république
Étaient toutes deux la France
parce qu’elles étaient toutes deux
l’incarnation de l’éternel appel à la justice.
…………
Le monde reconnaît la France
Lors qu’elle redevient pour tous les hommes
une figure secourable.
Et c’est pourquoi, dans les pires épreuves
Il ne perd jamais confiance en elle.

André Malraux

































Amis
Dessous la cendre
Le feu
Va tout brûler
La nuit
Pourrait descendre
Dessus
Nos amitiés

Voilà que d'autres bras tendus
S'en vont strier nos aubes claires
Voilà que de jeunes cerveaux
Refont le lit de la charogne

Nous allons compter les pendus
Au couchant d'une autre après-guerre
Et vous saluerez des drapeaux
En priant debout
Sans vergogne

Amis, dessous la cendre...

La nouvelle chasse est ouverte
Cachons nos rires basanés
Les mots s'effacent sous les poings
Et les chansons sous les discours

Si vos lèvres sont entrouvertes
Un ordre viendra les souder
Des gamins lâcheront les chiens
Sur les aveugles
Et sur les sourds

Je crie
Pour me défendre
A moi, les étrangers
La vie est bonne à prendre
Et belle à partager

Si les massacres s'accumulent
Votre mémoire s'atrophie
Et la sinistre marée noire
Couvre à nouveau notre avenir

Vous cherchez dans le crépuscule
L'espérance de la survie
Les bruits de bottes de l'Histoire
N'éveillent pas vos souvenirs

Amis, dessous la cendre...

Paroles et musique de Serge Utgé-Royo



29 avril 2007

Le souffle



















Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des ancêtres.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts.

[...]

Birago Diop, Souffles dans Leurs et lueurs, Ed. Présence africaine, 1960.