30 novembre 2006

L'économie du rien



La première question qui vient à l’esprit en croisant un habitant du désert, relève de l’économie : de quoi vit-il ? que mange-t-il ? comment peut-il rester là ? Même s’il est vrai que ces questions d’ordre économique restent souvent très liées à un contexte philosophique –et qu’à force de regarder tous ces Sisyphes ployer sous le poids d’une existence aux confins de l’extrême précarité, la question du comment finit par s’évanouir devant celle du pourquoi. Oui, pourquoi ne vont-ils pas tout simplement ailleurs ?
Le petit Prince, tant chéri par Mano Dayak, parvint à sa propre conclusion sur ce point : « Ce qui embellit le désert, c’est qu’il y a toujours un puits caché quelque part ». Car, bien sûr, le Sahara nourrit des hommes : leurs corps et, il faut le croire, leur âme aussi. Même dans ses zones frontalières du Sahel où, selon nos statistiques de nantis, il n’y aurait pas de quoi survivre. Mais en dessous du dernier seuil d’extrême pauvreté, cela peut-il encore s’appeler vivre ?
Comment font-ils ? Et pourquoi ? C’est pour trouver des réponses à ces deux questions que nous sommes repartis dans le désert, plusieurs années après la mort de Mano. A notre retour, il devint clair que ce voyage racontait aussi, en filigrane, l’histoire d’une amitié forgée depuis de longues années de travail en commun entre un photographe et un auteur. Chacun à sa manière livre ici le compte rendu de ce qui lui a semblé essentiel dans l’économie du rien.

[…] je sais aussi que dans le désert des pauvres, la logique économique cède le pas à la psychologie des habitants, je dirais même à leur mystique. Car eux tous, Maures, Touaregs, Toubous, sont prisonniers du désert. Non pas à cause de leur pauvreté, mais parce que tout dans leur être les attache à cette apparence de vide. Comment expliquer sinon que, parmi la foule des Africains qui afflue sur les rivages européens, il n’y ait pratiquement pas de ressortissants du Sud saharien ?
[…] « … Car cette terre cruelle est capable d’envoûter quiconque ose s’y aventurer, bien plus profondément qu’aucune autre région clémente de notre planète. »

Extrait de l’introduction et de l'épilogue à Pascal Maitre et Michael Stuhrenberg, Sahara, l’économie du rien, Actes Sud, 2006.









Photos de Raphaël et Quentin M., Tessalit, Adrar des Iforas, 2000.
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Au même moment, ailleurs dans le monde paraît:

USA: le bon départ des achats de Noël rassure pour la consommation

Par Claire GALLEN (fr.biz.yahoo.com)
lun 27 nov, 19h26
WASHINGTON (AFP) - La saison des fêtes de fin d'année a commencé en fanfare pour les commerçants américains, un signe rassurant pour la consommation, mais certains analystes jugent qu'il est trop tôt pour crier victoire.
La plupart des Américains ont commencé vendredi leurs emplettes de Noël: c'est en effet au lendemain de la fête de Thanksgiving (Action de grâce) que les magasins donnent le coup d'envoi de la saison des fêtes, à grand renfort de rabais et soldes imbattables.
Inquiets devant les mauvaises nouvelles économiques, les commerçants se sont surpassés cette année, n'hésitant pas à ouvrir leurs portes dès minuit pour certains d'entre eux.
Le résultat a payé: plus de 140 millions de personnes se sont rendues dans les magasins vendredi, et chacune a dépensé en moyenne 360,15 dollars, en hausse de 18,9% par rapport à l'année précédente, selon la National Retail Federation (NRF) qui suit les tendances du commerce de détail.
"Les choses se déroulent plutôt bien jusqu'à présent", estime Leon Nicholas, analyste du cabinet Global Insight, qui prédit pour l'ensemble de la saison des fêtes une hausse de 6 à 6,5% des ventes par rapport à l'an dernier.
C'est un bon signe pour la croissance américaine qui dépend pour les deux tiers de la consommation.
Les analystes soulignent toutefois qu'il est trop tôt pour crier victoire.
[...]

23 novembre 2006

La pose

Si, sur bien des points, on peut établir un parallèle entre les arts et la photographie, celle-ci possède cependant un assez étrange pouvoir dont ont certainement parlé d’autres que moi mais qui lui est tellement spécifique qu’il ne cesse de m’émerveiller : c’est celui de fixer, de mémoriser ce que notre mémoire elle-même est incapable de retenir, c’est-à-dire l’image de quelque chose qui n’a eu lieu, n’a existé que dans une fraction infime du temps […]. Et seule, à ma connaissance du moins, la photographie peut saisir et garder une trace de ce qui n’avait jamais été et ne sera plus jamais. Je me demande en définitive, et au-delà de toute autre considération , si ce n’est pas l’attrait de ce pouvoir quelque peu magique qui m’a poussé à m’y essayer.

Claude Simon, cité dans Je ne suis pas photographe…, Photo Poche n° 100, Actes Sud, 2006.








6 novembre 2006

Le village



Le village

Cocotiers, montagnes, horizons rouillés…
Le voile du ciel retroussé descendait
tanguait au ras des visages…
Constellations nouvelles
Je disais toutes ces villes germées de l’enchantement de l’imprévu
Je disais ta douleur et tant de beauté qui y couvait
Et tant de jours et de royaumes qui s’y cachaient
Dans la boue de ta forêt, mes pieds plantés en toi
plus profondément que les racines de ces baobabs,
A travers ton rire semé de mouches et d’étoiles
à travers les ruelles creuses de tes villes
Nous chantions ensemble, ensemble nous chantions…
Sous les lampadaires suintant de leur phosphorescence
et qui entonnaient dans la brise du soir
avec les palmiers échevelés
des berceuses jamais entendues…
Par l’entrebâillement de tes paillotes lumineuses
de leur regard silencieux dans le noir
Qui brillait de la lueur des planètes constellées…

Mohammadou Modibbo Aliou, dans L’Afrique noire en poésie, Gallimard, 1986.
















2 novembre 2006

L'écopop



Phamarcienne, réparateur de vélos, fondeur d’aluminium, demi-grossiste en fripes, vendeuse de carottes, transport de briques en banco, maraîchers, bouvier, chauffeur de taxi, petit marchand de , vendeuse de café, thé, jus et autres yaourts, tailleur, artisan, recycleuses de sachets plastiques, tailleurs de pierre, artisans du cuir, téléphoniste, etc.




































There’s a crack in everything. It’s how the light gets in. Leonard Cohen